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Une éclaircie pour la biodiversité ?
Alors que la lutte contre le changement climatique semble concentrer toute l’attention, la préservation de la biodiversité, le revers de la même médaille pourtant, n’est pas vraiment à l’ordre du jour. Néanmoins, quelques signaux forts en provenance d’institutions prestigieuses pourraient laisser penser que protéger le vivant va devenir également un axe fort des stratégies économiques. Mais un obstacle de taille reste à franchir.
En ce début d’année 2026, on pourrait titrer « Sale temps pour la biodiversité ». Ainsi, une étude menée par le Centre d’écologie et des sciences de la conservation (Muséum national d’histoire naturelle/CNRS/Sorbonne université) et publiée ce 14 janvier 2026, démontre la raréfaction d’autant plus forte de l’avifaune dans les zones où les achats de pesticides sont plus intenses. En 2025 a été votée la loi Duplomb, qui initialement permettait l’utilisation de l’acétamipride, un néonicotinoïde nocif pour les insectes, article néanmoins retoqué par le conseil constitutionnel. Le 17 décembre dernier, la Commission européenne proposait d’autoriser des pesticides sans limite de temps, c’est-à-dire sans réévaluation de leurs effets tous les dix à 15 ans comme actuellement. On pourrait ainsi multiplier les exemples de « mauvaises nouvelles » pour la biodiversité.
Pourtant, des signaux forts ont été émis. D’abord la BCE qui, dans son rapport 2024, alerte sur l’érosion de la biodiversité qui menace la stabilité financière et économique en Europe. En janvier 2025, le Forum Economique Mondial publie son scenario des risques à long terme. La perte de la biodiversité y figure en seconde position, derrière le réchauffement climatique. Classement inchangé pour son rapport 2026 ; Enfin, en novembre 2025, la Banque de France annonçait la création d’un consortium de recherche associant notamment les laboratoires du Crest (Centre de recherche en économie et statistique), de Polytechnique, du Cired (Centre international de recherche sur l’environnement et le développement), ainsi que la Fondation pour la recherche sur la biodiversité. Le but : développer des modèles macro-économiques capables d’intégrer la perte de biodiversité, l’impact de la déforestation et de l’érosion des sols.
Et, preuve s’il en était que la biodiversité intéresse les grands acteurs économiques, Aloïs Le Noan, spécialiste de la transition écologique et sociale, confiait avoir dispensé plusieurs formations « la fresque de la biodiversité » au sein de plusieurs institutions financières et de l’assurance. La prise de conscience et la volonté de sensibiliser est la première étape, indispensable.
Mais pour accélérer, la lutte contre la perte de biodiversité va se heurter à un obstacle de taille : le manque d’indicateurs dédiés. Contrairement à l’empreinte carbone, il est difficile de compter les baleines, les abeilles, les vers de terre et toutes les espèces qu’on ne connait pas encore. Et elles sont nombreuses. Selon les experts du Muséum National d’Histoire Naturelle, on dénombre 2 millions d’espèces vivantes sur la Terre actuellement, mais au moins 8 millions restent à découvrir. Et comme le faisait remarquer le grand physicien britannique Lord William Thomson Kelvin « si vous ne pouvez pas le mesurer, vous ne pouvez pas l’améliorer. » La préservation de la biodiversité passera forcément par les actuaires et les datascientistes.
Christophe Quester
Directeur conseil – christophe.quester@rumeurpublique.fr
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