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Présidentielle 2027 : l’autre campagne qui se joue.

La présidentielle paraît encore lointaine : tous les candidats ne sont pas encore connus, les alliances sont fluctuantes et l’actualité politique ressemble davantage à une « drôle de guerre » qu’à une campagne électorale battant son plein. Pour le monde économique, c’est pourtant maintenant que tout se joue.

Non parce qu’il faudrait déjà anticiper les conséquences d’une issue encore bien incertaine – souvenons-nous de 2011 ou de 2016 lorsque Dominique Strauss-Kahn et Alain Juppé étaient déjà élus dans toutes les têtes. Encore moins parce qu’il faudrait entrer dans la campagne et prendre parti. Mais si tout se joue maintenant c’est précisément parce que la campagne n’a pas encore pris forme et que les grands récits ne se sont pas encore cristallisés.

Dans l’ombre, la bataille des programmes a déjà commencé

Face à ces périodes grises, la tentation d’attendre est compréhensible. Attendre que les candidatures soient stabilisées et que les rapports de force deviennent lisibles. Attendre que les écuries soient structurées. Attendre que les plateformes programmatiques soient publiées.

Mais c’est au contraire maintenant qu’une vision pour sa filière ou une solution qui répond aux grandes priorités du pays peut trouver son impact. Car c’est lorsque les équipes recherchent des angles et des points d’accroche loin des micros et des caméras et lorsque les programmes commencent à s’écrire à bas bruit que l’on peut infléchir le traitement d’un sujet.

Une fois que les enjeux ont été hiérarchisés et que les diagnostics ont été posés, il devient beaucoup plus difficile de rouvrir la fenêtre d’opportunité pour mettre à l’agenda un nouveau sujet.

Toutes les écuries ont déjà commencé à recevoir les dirigeants d’entreprises et de filières. Certains partis ont même déjà initié des groupes de travail voire rendu publiques de premières publications programmatiques – comme le Parti socialiste ou Les Républicains. Objectif : identifier des situations comme des normes sectorielles ou fiscales à transformer en enjeux d’investissement, d’emploi, de pouvoir d’achat ou de souveraineté qui feront débat cet hiver dans les repas de famille.

Être raconté avec un autre prisme que le sien

C’est l’une des caractéristiques d’une campagne présidentielle : elle simplifie et polarise. Elle transforme des sujets complexes en récits politiques, en dilemmes de valeurs ou en incarnations pour les réseaux sociaux.

Mais ce fonctionnement génère bien souvent des angles morts, voire des raccourcis et des victimes collatérales. Les situations sont connues : une filière qui découvre que son sujet a été résumé en quelques mots dans une note programmatique, une entreprise qui a été absorbée dans un débat plus large, une organisation qui n’a pas pu faire entendre ses contraintes et ses spécificités lorsque sa fédération ou une équipe politique cherchaient à consulter le secteur pour formaliser des propositions.

Dans une campagne présidentielle, le silence est rarement neutre. Il laisse à d’autres le soin de nommer les problèmes, de désigner les responsables et de proposer les solutions. Pour une entreprise, une filière ou une organisation professionnelle, ne pas ouvrir le dialogue au bon moment c’est prendre le risque d’être racontée avec un prisme qui n’est pas le sien et de devoir ensuite infléchir dans l’urgence une grille de lecture déjà installée.

Un dialogue continu avec un écosystème politique en perpétuel mouvement

C’est pourquoi pour les organisations professionnelles ou les entreprises structurantes par leur poids économique, leur rôle territorial, leur sensibilité réglementaire ou leur exposition politico-médiatique, l’élection présidentielle est déjà un sujet de travail.

Ces acteurs cartographient les entourages présidentiels, identifient les relais programmatiques, surveillent les signaux faibles et préparent des messages pour nourrir un dialogue continu avec l’écosystème politique national et les relais vers les écuries présidentielles.

Le président de la République et le Premier ministre sortants ne sont pas exclus de ce dialogue. Ils cherchent à structurer un bilan qui n’échappera pas à l’incontournable droit d’inventaire et veulent pour cela gouverner « jusqu’au bout » en continuant de maîtriser l’agenda. En témoignent le Plan d’électrification annoncé le mois dernier, le sommet Choose France « des entreprises françaises » prévu à l’automne ou encore la volonté affirmée d’un budget pleinement adopté, contre la petite musique de la loi spéciale…

Pour le monde économique, c’est alors un enjeu d’équilibre : il s’agit de continuer à peser sur les arbitrages encore ouverts, tout en comprenant que ces arbitrages seront rapidement relus à travers le prisme présidentiel. Dans cette période de bascule, une position défendue auprès d’un cabinet ministériel, d’une administration ou d’un parlementaire peut aussi devenir un argument dans la préparation des programmes.

Cette campagne présidentielle du monde économique se joue donc autant dans les derniers arbitrages du quinquennat que dans les notes qui structurent les programmes des candidats qui verront bientôt le jour.



Pour prolonger cette réflexion, Rumeur Publique organise un cycle de rencontres entre les équipes présidentielles et les dirigeants économiques. Dans ce cadre, l’agence a reçu récemment l’éditorialiste politique Renaud Dély (France Info, 28 Minutes) et recevra le 7 juillet prochain Julien Chartier, qui pilote le programme présidentiel de Bruno Retailleau pour Les Républicains. Pour en savoir plus, vous pouvez contacter notre département affaires publiques.

Marie Meyruey – Directrice du pôle Affaires publiques

marie.meyruey@rumeurpublique.fr           

     



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