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La coopétition, une réponse business à un monde instable.

Une pratique gagne du terrain dans le monde des affaires : la coopétition. En clair, des concurrents directs qui coopèrent. Saretec Group, entreprise à mission spécialisée dans l’expertise après sinistre, en est un bon exemple : avec plusieurs assureurs, elle a lancé Geoya, une plateforme collaborative ouverte à tous les assureurs, pour mutualiser outils et expertises et rendre toute la filière plus résiliente face aux risques climatiques. Comme le rappelle cet article de The Conversation sur la coopétition dans la transition écologique, ce genre de pratiques est déjà bien plus répandu qu’on ne le pense : simplement, cela reste très méconnu.

Et ce n’est pas un hasard si la coopétition monte en puissance en ce moment. Plus les entreprises s’engagent sérieusement pour maîtriser leurs impacts environnementaux et sociaux, plus elles cherchent à générer des impacts positifs à l’échelle de leur filière entière, pas seulement à leur échelle.

Ce ne sont donc pas de simples gestes de bonne volonté. Il y a une logique stratégique derrière, et la biologie permet de la comprendre.

Dans leur livre L’Entraide, l’autre loi de la jungle, les biologistes Pablo Servigne et Gauthier Chapelle le montrent bien : l’entraide est partout dans le vivant, chez les plantes, les champignons, les animaux, les micro-organismes, et ce depuis toujours. Prenez le réseau mycorhizien, le fameux Wood Wide Web : des champignons connectent les racines de plusieurs arbres entre eux, même d’espèces différentes qui se disputent pourtant la lumière, pour échanger eau et nutriments. Résultat : les plantes soutiennent mutuellement leur croissance, optimisent l’usage des ressources et rendent tout l’écosystème plus résilient.

Le constat des auteurs est sans appel : ce ne sont pas les organismes les plus forts qui survivent le mieux aux conditions difficiles, ce sont ceux qui s’entraident le plus. Autrement dit : l’abondance engendre la compétition, la pénurie appelle la coopération.

Le biologiste Olivier Hamant va plus loin et applique cette intuition au monde économique. Sa thèse, développée dans son opus Antidote au culte de la performance (que j’ai la chance d’avoir fait dédicacer lors de son intervention aux Positive Days de Positive Company), tient en une phrase : le vivant n’optimise pas, il garde des marges. Prenez la photosynthèse : son rendement énergétique est très faible, moins de 1%. Pourquoi un processus aussi « inefficace » a-t-il tenu des milliards d’années ? Justement parce qu’il laisse aux plantes de grandes marges de manœuvre pour encaisser des fluctuations lumineuses et biologiques imprévisibles. Ainsi, ce n’est pas l’optimisation qui garantit la survie, c’est la marge.

Pour Olivier Hamant, dans un monde stable, c’est la compétition qui tire l’innovation vers le haut. Mais dans un monde fluctuant, ce sont la coopération et la robustesse qui prennent le dessus. Son idée mérite d’être gardée en tête : à chaque fois qu’on optimise quelque chose, il faut se demander ce qu’on fragilise.

Cette grille de lecture du vivant se transpose très directement à la stratégie d’entreprise. Les fluctuations se multiplient (risques climatiques, tensions géopolitiques, contraintes réglementaires, ruptures d’approvisionnement…) et rendent l’économie bien plus instable.

Dans ce contexte, une entreprise qui reste seule à optimiser sa propre chaîne de valeur prend un pari risqué : elle gagne peut-être en performance à court terme, mais elle reste seule exposée aux chocs qui touchent toute sa filière. À l’inverse, mutualiser une brique commune avec ses concurrents (un référentiel, un outil, une infrastructure comme Geoya…) permet de répartir le risque et de construire un socle collectif plus robuste. La compétition continue de s’exercer normalement par-dessus, dans le respect du droit de la concurrence.

La coopétition est aussi un levier de transformation culturelle pour l’économie : en collaborant sur des enjeux communs, les entreprises adoptent des pratiques plus soutenables, et l’activité économique elle-même devient plus résiliente et plus alignée avec la transition écologique.

La coopétition n’est donc pas un supplément d’âme réservé aux directions RSE. C’est une approche structurante, que beaucoup d’entreprises ont déjà adoptée pour répondre concrètement aux enjeux de la transition écologique et construire des filières plus soutenables.

Caroline Danton – Directrice Conseil RSE
Caroline.danton@rumeurpublique.fr



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