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En ouvrant le bal des débats présidentiels, le Medef confirme que l’économie aura une place centrale dans la campagne.

C’est sur le central de Roland-Garros, le court Philippe-Chatrier, que s’est déroulé le premier match entre les candidats à l’élection présidentielle, lors de l’université d’été du Medef, le 27 août. Premier grand évènement de cette rentrée politique, cette séquence a envoyé un message clair : le monde économique entend bien jouer un rôle de premier plan dans cette campagne.

Pendant près de trois heures, les sept principaux candidats ont pu esquisser leur projet pour la France des chefs d’entreprise. Mais surtout répondre à l’inquiétude profonde des dirigeants économiques, dont 82 % se disent pessimistes quant aux effets de la politique économique du prochain président de la République sur leur entreprise, selon une consultation menée par Opinionway pour le Medef.

Attal, Philippe, Retailleau… qui sera le candidat du monde économique ?

La crédibilité économique est un argument clé de campagne pour les candidats du bloc central, qui jouaient leur partition devant un patronat plutôt favorable mais sans « champion » désigné à ce stade, contrairement aux scrutins précédents, marqués par les figures de Nicolas Sarkozy puis d’Emmanuel Macron.

Tous ont rivalisé de propositions pour se disputer la médaille du sérieux budgétaire. À l’applaudimètre, c’est Gabriel Attal qui a remporté le plus de soutien de la part des chefs d’entreprise. Bruno Retailleau, qui porte pourtant sur le papier le programme le plus compatible avec le Medef, et Édouard Philippe, qui avait dégainé sa nouvelle mesure « choc » sur l’assurance chômage, sont apparus plus en retrait.

Aux extrêmes aussi, la crédibilité économique comptera pour le second tour

La bataille de la respectabilité se jouait aussi aux extrêmes, dont le programme économique fait toujours office de repoussoir. Pourtant, cette crédibilité économique est devenue décisive pour La France Insoumise et le Rassemblement national dans le cadre de leur stratégie respective d’élargissement de leur socle électoral dans l’hypothèse d’une présence au second tour. D’un côté, l’enjeu pour le RN était de savoir si Marine Le Pen assumerait le virage pro-business entrepris depuis plusieurs mois par Jordan Bardella, elle qui était jusqu’à récemment qualifiée de « social-étatiste » par le patronat. Si elle a tenté d’envoyer un signal sur la dette en promettant un plan de 125 milliards d’euros d’économies, on retiendra surtout le maintien de la retraite à 62 ans (proposition pourtant remise en cause par son dauphin) qui demeure l’un des marqueurs sociaux forts de son électorat.

De l’autre, Jean-Luc Mélenchon a assumé sa ligne économique de rupture, au point de provoquer des rires remarqués des chefs d’entreprise sur sa proposition de hausse du SMIC. En réponse à son projet d’annulation de la dette française détenue par la BCE, Édouard Philippe l’a même accusé de vouloir mettre la France en « interdit bancaire ». Pourtant, depuis plusieurs semaines, les Insoumis se livrent eux aussi à l’exercice de la crédibilité, mettant en avant le travail des « Phrygiens », un cercle anonyme de hauts fonctionnaires proches du parti, et assumant de plus en plus de rencontrer en coulisses des représentants du monde économique.

Peu de propositions sectorielles malgré une séquence sur la réindustrialisation

Le débat a surtout confirmé la persistance d’un clivage gauche-droite très classique sur les grands dossiers macroéconomiques : abrogation de la réforme des retraites contre introduction d’une dose de capitalisation, taxation accrue des grands patrimoines et des dividendes face aux baisses d’impôts de production, hausse des salaires contre allègements supplémentaires du coût du travail, et jusqu’au nucléaire face au renouvelable sur la politique énergétique.

Sur la réindustrialisation, seul thème sectoriel à avoir fait l’objet d’une séquence dédiée, les candidats se sont accordés sur l’urgence, pour la France, de reconquérir sa souveraineté. Marine Tondelier a plaidé pour une préférence européenne, tandis que Marine Le Pen a annoncé que toute implantation industrielle serait désormais considérée comme un projet d’intérêt national majeur.

Toutefois, très peu de propositions sectorielles concrètes ont finalement émergé. Seul Jean-Luc Mélenchon a nommé trois filières prioritaires à relancer : textile, bois et industrie de la mer. Même le sujet de l’IA, pourtant omniprésent dans le débat public, a été survolé, alors même que plusieurs candidats – en particulier Gabriel Attal – en ont fait un axe fort de leur campagne. Reste Raphaël Glucksmann qui a évoqué la création d’un « Projet Manhattan » pour investir dans l’IA à l’échelle européenne et faire face à la concurrence chinoise et américaine, concept récemment employé par Bruno Le Maire.

Pour les acteurs économiques, la campagne ne fait que commencer

Après ce premier tour de chauffe, le monde économique anticipe une multiplication des débats sectoriels, organisés à l’invitation des grandes filières professionnelles et réunissant les représentants des candidats pour confronter les propositions de chaque secteur.

Ces rendez-vous, publics ou à huis clos, constitueront un moment clé pour les entreprises et fédérations professionnelles : une occasion rare de faire valoir leurs priorités dans l’agenda politique des cinq prochaines années.

Yann Granger-Veyron – Consultant senior Affaires Publiques

yann.granger@rumeurpublique.fr

Crédit photo : AP / Antonin Albert



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